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Dans les deux cas il s'agit de réduire l'étrangeté de l'autre. Dans cet illusionnement réciproque, dans cette aire d'illusion, les différences n'ont pas totalement le droit de cité. Elles s'effacent au profit du même. Prolongement du bain amniotique, cette aire permet que s'instaure une certaine continuité psychique de l'indifférenciation première. De cette façon la mère et l'enfant continuent de ne faire qu'un. Lui est encore l'enfant imaginaire de la mère, il est encore une partie d'elle, il est encore ses espoirs, ses rêves. Tandis que la mère et plus généralement les parents, l'environnement familial, sont le miroir dans lequel l'enfant se devine et dans lequel il va puiser, comme on l'a vu, les possibilités de son devenir. Cette relation toute spéculaire, toute imaginaire prend fin petit à petit ; les différences de chacun refont surface et viennent rompre ou plutôt viennent fissurer cette enveloppe d'illusion, (protectrice), nécessaire. L'important pour nous aujourd'hui est de bien noter que cette sortie de l'aire d'illusion ne se fait pas de façon brutale, ne se fait pas de façon massive mais bien plutôt qu'elle se fait par d'incessants allers-retours de l'un à l'autre, du même au différent. Cette différenciation au sens où les différences de chacun sont désormais susceptibles d'être considérées comme constitutives de l'un comme de l'autre, s'inscrit dans la durée permettant ainsi que se creuse l'écart nécessaire entre soi et l'autre et que puisse être rencontrée La différence, cette différence, irréductible, cet écart à jamais comblé, entre moi et l'autre. Mais, pour qu'une telle Différence soit un jour rencontrée et pour qu'elle puisse être vécue non pas comme un traumatisme qui fige, mais comme une épreuve au sens du passage il faut que l'enfant soit tout d'abord pris dans une complétude familiale et plus largement sociale. Pour pouvoir vivre une telle rencontre son assise doit être constituée du Même. Et ce n'est que petit à petit que cette complétude imaginaire va laisser la place aux différences, à la séparation, au manque, et enfin à La différence. C'est pourquoi on pourrait parler ici de des-intégration dans la mesure où, étymologiquement, intégrer signifie rendre complet, achever. La plupart du temps les institutions scolaires, et plus précocement les crèches, les haltes garderies sont sollicitées à participer au vacillement de cette complétude en favorisant l'émergence des différences et plus généralement en introduisant un tiers dans cette relation spéculaire. Ces institutions ne sont pas sollicitées dans un rôle de des-intégration, même si le terme n'est pas très heureux, mais bien plutôt dans celui d'intégration, de ré-intégration. Si l'on se réfère au sens étymologique, il s'agit de rendre complet, de re-instaurer de la complétude dans ce qui s'est présenté comme incomplet ou tout du moins dans ce qui n'a pas pu être pris suffisamment longtemps dans un mouvement, dans un processus de complétude du fait de l'annonce d'un enfant porteur de différences. Cette carte de visite sur laquelle les différences sont mises en avant va venir empêcher cette inscription première dans le Même, dans la ressemblance et de ce fait elle va suspendre cette reconnaissance d'une appartenance commune à l'ordre de l'humain. Lire la suite : http://www.enfantdifferent.org/acces_themes/article.php?cat=1.0.0.0&art=5 |
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